Entorse latérale de cheville chez le traileur : évaluation et rééducation

L’entorse latérale de cheville est la blessure traumatique la plus fréquente en trail. Environ 40 % des sujets développent une instabilité chronique de cheville (ICC) après une première entorse, en grande partie parce que la prise en charge initiale ne cible pas les déficiences spécifiques de chaque patient. Le ROAST (Rehabilitation-Oriented ASsessmenT, International Ankle Consortium 2019) propose un cadre structuré pour identifier ces déficiences mécaniques et sensorimotrices dès la phase aiguë.

Mécanisme lésionnel

Le mécanisme habituel est une supination forcée du bloc pied, avec ou sans rotation interne, lésant les ligaments latéraux dans l’ordre suivant : LTFA (ligament talo-fibulaire antérieur, toujours atteint en premier, bi-fasciculé), puis LCF (ligament calcanéo-fibulaire) si la force est plus importante.

Un mécanisme en dorsiflexion forcée couplée à une rotation externe doit faire évoquer une lésion de la syndesmose — drapeau rouge clinique à ne pas manquer, notamment sur terrain technique en descente.

Évaluation initiale

Règles d’Ottawa

Une radiographie est indiquée si le patient est incapable d’effectuer 4 pas en charge, ou présente une douleur à la palpation des tranches postérieures des malléoles (6 cm de hauteur), de la base du 5è métatarse ou du naviculaire.

Évaluation ligamentaire

  • LTFA — palpation + Anterior Drawer Test (ADT), plus fiable à J4-J6, réalisé en flexion plantaire 10-20° (portion supérieure) puis 45-60° (portion inférieure)
  • LCF — palpation + stress en flexion dorsale et rotation interne
  • Syndesmose — Squeeze test (le plus sensible) + test de Kleiger / rotation externe (le plus spécifique) ; douleur sus-malléolaire et œdème haut situé sont des signes d’appel

Bilan ROAST

Après l’évaluation initiale, le ROAST guide la surveillance des déficiences associées à l’ICC. Ces critères orientent la rééducation et permettent de suivre son efficacité.

Œdème

Mesuré par la méthode figure-en-8. L’œdème induit une inhibition musculaire d’origine articulaire (arthrogenic muscle inhibition, AMI) qui alte le contrôle neuromusculaire. Tant que l’œdème est significatif, imposer des exercices d’équilibre unipodal ou des changements de direction constitue un facteur de risque de récidive précoce.

Amplitude articulaire — flexion dorsale

L’amplitude la plus impactée. Évaluée par le Weight-Bearing Lunge Test (WBLT), simple, reproductible, sensible au suivi. La flexion dorsale est une amplitude clé pour la course en descente et la réception de saut. Si elle est limitée, tester l’arthrocinématique du talus.

Arthrocinématique

En cas de restriction de flexion dorsale, le Posterior Talar Glide Test (évalue la capacité de glissement postérieur du talus) permet de distinguer une limitation articulaire d’une limitation des parties molles, et d’orienter la technique manuelle.

Force musculaire

Des déficits de force des fibulaires et des muscles talo-cruraux sont retrouvés dans les populations ICC. Des pertes de force proximale (hanche, genou) ont également été documentées. L’évaluation manuelle de la force isométrique n’est pas fiable — l’usage d’un dynamomètre (manuel ou isokinétique) est recommandé pour détecter et suivre ces déficits.

Équilibre postural

Statique — Balance Error Scoring System (BESS) et Foot Lift Test.
Dynamique — Star Excursion Balance Test (SEBT) : la direction antéro-médiale est particulièrement discriminante pour dépister les déficits associés à l’ICC.

Observation de la marche et de la course

Des positionnements déficitaires du membre inférieur et des stratégies de transition charge/décharge antérieures à la blessure sont fréquemment impliqués dans les récidives. L’analyse de la foulée est intégrée au bilan dès que la reprise de course est envisagée.

Auto-évaluation fonctionnelle

Le FADI (Foot and Ankle Disability Index) et le FAAM (Foot and Ankle Ability Measure) permettent de suivre l’évolution fonctionnelle perçue par le patient et de guider les décisions de reprise.

Rééducation

La rééducation est guidée par les déficiences identifiées au ROAST. Elle ne suit pas un protocole standardisé mais s’adapte au profil de chaque patient.

Phase aiguë

La mise en charge partielle précoce, si tolérée, est préférable à l’immobilisation stricte. La gestion de l’œdème conditionne le démarrage des exercices d’équilibre (AMI).

Rééducation fonctionnelle

Restauration de la flexion dorsale en priorité (WBLT comme critère de suivi). Si restriction articulaire confirmée au Posterior Talar Glide Test, mobilisation du talus indiquée. Renforcement des fibulaires et de la chaîne cinétique (hanche incluse), progressé en parallèle avec les exercices d’équilibre (BESS → SEBT → tâches en double attention → terrain inattendu).

Reprise du trail

Les délais sont indicatifs : grade 1 en 1à2 semaines, grade 2 en 3à6 semaines, grade 3 en 6à12 semaines. La reprise est validée par les critères fonctionnels (FADI/FAAM, SEBT, force) et non par le calendrier. Le terrain technique et le dénivelé négatif sont introduits en dernier.

Prise en charge à Austral Sportlab

Au cabinet Austral Sportlab à Saint-Denis, le bilan (Le Lab) structure l’évaluation selon le cadre ROAST : œdème, WBLT, Posterior Talar Glide Test, force des fibulaires au dynamomètre, SEBT, analyse de la foulée. La rééducation est ciblée sur les déficiences retrouvées, pas sur un protocole standard.

→ Pathologies de la cheville du sportif

Questions fréquentes

Pourquoi je fais des entorses à répétition ?

Une première entorse non correctement rééduquée laisse des déficiences mécaniques et sensorimotrices (force, équilibre, arthrocinématique) qui augmentent significativement le risque de récidive. Un bilan ROAST permet de les identifier et de les cibler.

Faut-il immobiliser ?

Pas systématiquement. Pour les grades 1 et 2, la mise en charge précoce avec orthèse fonctionnelle est supérieure à l’immobilisation stricte. Le plâtre est réservé aux fractures.

Grand Raid dans 2 mois, entorse il y a 3 semaines — que faire ?

Consulter pour évaluer les déficiences résiduelles (SEBT, force, WBLT). Selon les résultats, la reprise du trail technique est envisageable dans ce délai, mais doit être validée sur des critères objectifs. Voir notre FAQ Grand Raid.


Article rédigé par les kinésithérapeutes d’Austral Sportlab, Saint-Denis de La Réunion. Sources : Delahunt et al., BJSM 2019 (ROAST ; PMID 29886432).


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